Là où croît le péril – 2025
Certaines pertes ne passent pas. En psychanalyse, c’est ce qui distingue la mélancolie du deuil : là où le deuil ouvre une séparation, la mélancolie maintient le disparu au-dedans. Il s’accroche, habite le corps, au lieu de se déposer dans le souvenir.
Entre juin 2024 et mars 2025, j’ai perdu successivement mon frère, mon oncle, ma cousine, ma grand-mère et mon premier amour. En quelques mois, la mort a cessé d’être un événement pour devenir un milieu, chaque disparition relançant la précédente. Là où croît le péril s’écrit depuis cette présence paradoxale de la mélancolie, cette perte qui ne trouve pas de dehors.
Parce qu’elle appartient à la fois au corps et à l’image, la gélatine devient le nœud matériel de ce travail. Sous forme de collagène, elle relie les tissus, soutient les organes et permet au corps de tenir vivant. Elle est aussi la matière sensible du film argentique, celle qui permet à l’image de s’écrire. Une même substance traverse ainsi deux régimes d’existence : celui du vivant et celui de sa trace. Elle devient alors le pharmakon – remède et poison – de ma mélancolie.
Aux fragments de corps répond l’étendue du ciel. C’est ici que je me tiens, dans cet entre-deux, comme l’image latente sur le négatif : suspendue entre le visible et l’invisible. Ce qui est intime devient cosmique. Photographier n’y relève ni de la commémoration, ni de la réparation. C’est un geste de maintien : faire tenir une forme, un lien, une possibilité de vie avec ceux qui habitent désormais mon corps dans ma mélancolie.
Et ce vers d’Hölderlin m’accompagne :
« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. »



















